Vous vous demandez comment proposer des animations adaptées pour stimuler la mémoire et les sens de votre proche en établissement ? Vous n’êtes pas seul. Lorsque l’on confie un parent ou un proche à un EHPAD, on souhaite qu’il garde du plaisir, des repères et qu’il reste acteur de sa vie autant que possible. Les activités proposées peuvent jouer un rôle important : elles apportent du bien‑être, créent du lien, et parfois permettent de réveiller des souvenirs ou des émotions oubliées.
Je vous propose ici des repères concrets et des idées simples à mettre en place, que vous soyez proche, aidant ou membre de l’équipe. L’objectif n’est pas de « guérir » mais d’améliorer la qualité de vie de la personne, en respectant son histoire, son rythme et sa dignité.
Pourquoi stimuler la mémoire et les sens en établissement ?
Stimuler la mémoire et les sens, ce n’est pas seulement faire des exercices « pour la tête ». C’est proposer des moments qui donnent du sens, qui favorisent la communication et qui sécurisent. Quand une personne âgée est engagée dans une activité adaptée, on observe souvent :
- un meilleur état d’humeur,
- une diminution de l’ennui et parfois de l’agitation,
- des échanges plus riches avec les autres résidents et le personnel,
- la conservation ou la réactivation d’éléments de mémoire grâce à des indices sensoriels (musique, odeurs, objets familiers).
Prenons un exemple concret : Monsieur Paul, retraité boulanger, ne parlait plus beaucoup au début de son séjour. Lors d’un atelier réminiscence où l’on a sorti des photos anciennes et le son d’un vieux moulin, il a commencé à raconter ses premières années de travail. Ce sont ces petites portes d’entrée — une odeur, un son, un objet — qui permettent parfois de retrouver une part de soi.
Principes clés pour des animations efficaces et respectueuses
Avant de détailler des activités, voici des principes simples à garder en tête. Ils vous aideront à choisir, proposer ou adapter des animations.
1. personnalisation avant tout
Chaque personne a une histoire, des goûts, des habitudes. Une activité qui marche pour l’un ne conviendra pas forcément pour l’autre. Demandez l’album de vie ou le livret de vie du résident, échangez avec la famille et notez les préférences : musique, métiers, fêtes, pays, langues.
2. le plaisir plutôt que la performance
L’objectif est le bien‑être. Évitez les « tests » ou les exercices frustrants. Proposez des activités où la personne peut participer à son niveau et être valorisée pour ce qu’elle réussit.
3. rythme, durée et environnement
Privilégiez des séances courtes (15–45 minutes selon l’attention), dans un lieu calme, avec une lumière adaptée et peu d’interruptions. Respectez les moments de fatigue : certains sont plus vigilants le matin, d’autres l’après‑midi.
4. sécurité et consentement
Expliquez toujours ce que vous proposez et respectez le refus. Si la personne refuse une activité, ne la forcez pas ; proposez une alternative plus sensorielle ou un temps d’observation.
5. répétition et routine positive
La répétition rassure. Des activités régulières créent des repères temporels et facilitent la participation. Par exemple, un atelier musical hebdomadaire peut devenir un rendez‑vous attendu.
Activités concrètes pour stimuler la mémoire et les sens
Voici des activités classées par type sensoriel et cognitive, accompagnées d’exemples pratiques et de petits conseils pour les adapter.
Réminiscence (stimuler la mémoire autobiographique)
La réminiscence consiste à utiliser des supports familiers pour réveiller des souvenirs. C’est particulièrement efficace pour les personnes qui ont des troubles de mémoire.
Exemple d’animation : séance photo‑album
- Matériel : photos de famille, photographies anciennes, cartes postales.
- Déroulé : installez‑vous face à la personne, montrez une photo et posez des questions ouvertes : « Qui est sur la photo ? Où étiez‑vous ? Que se passait‑il ce jour‑là ? ».
- Astuce : laissez des silences, répétez les mots importants, ne corrigez pas systématiquement les erreurs de mémoire (validez l’émotion).
Cas vécu : Madame Legrand, 83 ans, retrouve parfois ses souvenirs d’enfance quand on lui parle de la Mer Méditerranée en montrant des cartes postales. Ces moments déclenchent des paroles, des rires et parfois des chants entonnés.
Musique et chant (puissant réveil émotionnel)
La musique est une des clés les plus solides pour stimuler la mémoire et les émotions. Une chanson peut ramener un souvenir précis, une sensation.
Idées :
- Créez une playlist personnalisée avec les chansons de jeunesse.
- Organisez des séances chantées ou des ateliers karaoké doux.
- Proposez des instruments simples (tambourins, maracas).
Cas vécu : Monsieur Karim, ancien ouvrier, chante des chansons de son pays toutes les fois où il entend une mélodie entraînante ; ça réduit son agitation et facilite le contact.
Stimulation olfactive (l’odeur comme déclencheur de souvenirs)
L’odorat est étroitement lié à la mémoire émotionnelle. Des odeurs simples — café, pain chaud, lavande, eau de cologne — peuvent ramener des sensations apaisantes.
Exemples :
- Boîtes à odeurs : petites fioles ou tissus imbibés d’odeurs familières.
- Atelier cuisine où l’on sent les épices ou les herbes.
Conseil : privilégiez des odeurs positives et évitez les parfums trop forts ou ceux qui peuvent être liés à un traumatisme.
Stimulation tactile (le toucher pour apaiser)
Le toucher peut rassurer et créer du lien. Proposez des textures variées : tissus doux, livres tactiles, objets du quotidien.
Activités simples :
- Massage des mains ou des épaules (avec consentement).
- Boîte à objets familiers (montre, clé, savon ancien) pour manipuler et évoquer.
Exemple : Madame Dufour, très peu verbale, montre une détente visible lors d’un massage des mains accompagné d’une musique douce.
Stimulation gustative (goûts et souvenirs)
Le goût rappelle rapidement des souvenirs. Un goûter autour d’une recette d’autrefois peut être un moment fort.
Idées :
- Atelier pâtisserie simple ou dégustation de petits plats traditionnels.
- Présentation de saveurs variées (sucré, salé, épicé) en petites quantités.
Sécurité : vérifiez les régimes alimentaires et risques d’étouffement.
Activités visuelles et manuelles (art, couleurs, bricolage)
La peinture, le collage, le tricot ou le jardinage permettent d’exprimer des émotions et de travailler la motricité fine.
Conseil : proposez des supports simples, laissez libre expression et valorisez le geste plus que le résultat.
Mouvement et danse douce
Bouger aide à maintenir un rythme circadien et le tonus musculaire. La danse adaptée, la gymnastique douce, ou des promenades dans le jardin sont très bénéfiques.
Précaution : adaptez l’intensité selon l’état de santé et la mobilité.
Approches multisensorielles (snoezelen, pièce sensorielle)
Les espaces multisensoriels, ou Snoezelen, proposent une stimulation contrôlée de la vue, du son, du toucher et de l’odorat. Ils sont utiles pour les personnes très désorientées ou en fin d’évolution.
Exemple : une pièce avec des lumières douces, des projections, des coussins tactiles et une playlist apaisante.
Activités intergénérationnelles
Les rencontres entre résidents et enfants (écoles, crèches) sont souvent très riches : lecture d’histoires, ateliers manuels, musique. Elles permettent de réveiller des émotions et de créer du lien social.
Matériel simple à prévoir (liste pratique)
- Photos anciennes et albums
- Petite enceinte / playlist personnalisée
- Boîtes à odeurs (tissus, fioles)
- Objets du quotidien (montre, brosse à cheveux)
- Papier, crayons, peinture lavable
- Instruments simples (tambourin, maracas)
- Tissus et coussins de textures différentes
- Recettes faciles à partager (gâteaux, biscuits)
- Cartes postales ou petits livres d’images
- Kimonos doux ou châles pour le toucher
Adapter selon l’état cognitif : de l’autonomie à la dépendance avancée
Les activités doivent être ajustées au degré d’autonomie :
- En phase précoce : favoriser les ateliers cognitifs, les sorties, l’implication dans des tâches simples et valorisantes (cuisine, bénévolat adapté).
- En phase modérée : privilégier la réminiscence, la musique, les activités manuelles guidées.
- En phase avancée : se concentrer sur la stimulation sensorielle, le toucher, la présence, la musique et la sécurité affective.
Exemple : pour une personne très dépendante, une séance courte de 10–15 minutes avec une musique familière et des objets tactiles peut suffire et s’avérer apaisante.
Comment vous, en tant que proche, pouvez participer
Votre rôle est précieux. Vous connaissez l’histoire et les goûts de votre proche. Voici des façons concrètes d’agir :
- Apportez un objet‑repère (photo, bijou) ou une playlist que l’équipe pourra utiliser lors d’animations.
- Participez à une séance d’animation : votre présence peut faciliter l’engagement.
- Proposez un échange régulier avec l’animateur : partagez des anecdotes, décrivez ce qui fait réagir votre proche.
- Aidez à créer un livret de vie : une page avec les souvenirs clés, métiers, chants préférés, fêtes importantes.
- Faites des visites thématiques : par exemple, une visite « lecture de famille » où vous lisez un livre favori.
Cas vécu : une fille a proposé la playlist de chansons de l’enfance de sa mère ; l’animateur l’a intégrée dans l’atelier hebdomadaire. La proximité entre la fille et l’équipe a permis d’ajuster d’autres activités sur mesure.
Travailler avec l’équipe d’animation et les soignants
L’équipe d’animation est votre alliée. Pour que les animations adaptées soient efficaces :
- Informez‑vous : demandez le planning des animations et comment elles sont évaluées.
- Proposez des idées concrètes et simples à reproduire.
- Demandez comment les activités sont inscrites dans le projet de vie individualisé.
- Participez aux réunions famille‑équipe si elles existent.
Posez des questions pratiques : qui anime ? Quelle fréquence ? Comment sont évalués les effets sur le résident ? Ça vous permettra de comprendre et d’améliorer l’offre.
Que faire en cas de refus, d’agitation ou d’indifférence ?
Parfois la personne refuse ou s’oppose. Voici des pistes :
- Changez l’approche : passez d’une activité cognitive à une activité sensorielle (musique, toucher).
- Réduisez la durée ou le nombre de participants.
- Essayez un autre moment de la journée.
- Vérifiez s’il y a une douleur, un malaise, une faim ou une envie d’aller aux toilettes.
- Proposez la présence d’un proche rassurant plutôt que de solliciter la participation.
Rappelez‑vous : le refus n’est pas un échec. Il indique un besoin différent ou un mauvais moment. Adapter, c’est soutenir.
Évaluer les effets et ajuster
Les signes positifs sont souvent simples : sourire, regard, parole, réduction des gestes d’angoisse, meilleure participation aux repas. Notez ces observations et partagez‑les avec l’équipe. L’objectif est d’inscrire ces éléments dans le projet de vie pour que l’animation devienne un accompagnement régulier et personnalisé.
Ce qu’il faut éviter
- Les activités trop longues ou trop nombreuses.
- Les tests cognitifs présentés comme un jeu de performance.
- L’infantilisation (évitez déguisements ou mots qui rabaissent la personne).
- Les parfums trop forts, la surstimulation lumineuse ou sonore.
- L’isolement de la personne lors des animations : privilégiez des formats inclusifs.
Proposer des animations adaptées pour stimuler la mémoire et les sens de votre proche, c’est offrir des moments de vie, de lien et de plaisir. Il n’existe pas de recette universelle : l’écoute, la personnalisation et la bienveillance sont les clés. Commencez par de petites choses — une photo, une chanson, un objet — et observez les réactions. Travaillez avec l’équipe pour inscrire ces découvertes dans le quotidien et dans le projet de vie.
Vous n’êtes pas obligé(e) de tout porter seul(e). Partagez vos connaissances sur l’histoire de votre proche, proposez des idées simples et construisez, pas à pas, des activités qui font sens. Ces moments, mêmes courts, peuvent apporter beaucoup de chaleur et d’humanité dans le quotidien en établissement. Si vous le souhaitez, commencez par une chose : choisissez une chanson ou une photo et observez la réaction lors de votre prochaine visite — souvent, c’est le début d’une belle porte d’entrée.
Vous aimerez aussi :
- 5 astuces pour dynamiser l’animation en ehpad grâce au digital
- Balade en médiathèque : nourrir la curiosité et éveiller le plaisir de lire
- Comment mesurer l’impact réel des ateliers de réminiscence en ehpad
- Sorties en ehpad : idées simples pour maintenir le lien et le bien-être
- Musicothérapie : retrouver des souvenirs et des sourires au fil des notes