Vous pensez qu’un bon EHPAD se réduit à une jolie chambre et un plateau-repas servi à l’heure ? Si c’est votre idée, vous n’êtes pas seul — et vous avez raison de poser la question. Quand un proche devient vulnérable, le cœur parle fort : peur, culpabilité, soulagement mêlé. On se demande si les soins adaptés seront là, si l’équipe saura lire les non-dits, si la douleur sera prise au sérieux. C’est lourd, et c’est humain.
Je vous propose d’aborder ce choix comme on prépare une équipe : on regarde les compétences, la disponibilité, la manière de communiquer et la capacité à personnaliser. On n’achète pas un service sur catalogue ; on compose avec des personnes, des gestes, des routines, des valeurs.
Je vais vous expliquer comment décoder les services de soins en EHPAD, quelles questions poser, quoi observer pendant la visite, et comment garantir une prise en charge réellement adaptée au besoin du proche. Je partagerai des exemples concrets et des cas vécus pour que vous puissiez agir en confiance, sans vous noyer dans le jargon. Je resterai claire, pratique et sans jargon inutile, avec des étapes concrètes, des modèles de questions et des repères simples. On y va.
Comprendre les différents services de soins
Avant toute visite, il faut savoir ce que l’on cherche. Les services de soins en EHPAD couvrent plusieurs domaines complémentaires :
- les soins quotidiens (toilette, aide aux déplacements, alimentation) assurés par les aides-soignants ;
- les soins infirmiers (distribution des médicaments, surveillance, pansements) assurés par l’infirmier(ère) et parfois un binôme IDE/IADE ;
- les soins paramédicaux (kinésithérapie, orthophonie, ergothérapie) ;
- la prise en charge des comportements liés aux troubles cognitifs et aux pathologies neurodégénératives ;
- la gestion de la douleur et des soins palliatifs ;
- la coordination médicale (médecin coordonnateur, lien avec le médecin traitant, hospitalisations) ;
- des services complémentaires : nutrition, psychologue, animation, téléconsultation.
Exemple : Mme Caron a besoin d’un pansement quotidien pour une plaie chronique et d’une surveillance de sa glycémie. L’idéal, c’est un établissement où l’infirmière connaît la conduite à tenir, où le kiné peut intervenir pour limiter l’immobilité, et où l’équipe discute quotidiennement du cas. Si l’un de ces éléments manque, la prise en charge est incomplète.
Point contre-intuitif : un grand établissement moderne n’est pas automatiquement mieux équipé pour des soins spécialisés. Parfois, une petite structure avec une équipe formée et disponible offrira une prise en charge plus humaine et plus rapide.
Évaluer les besoins réels du proche
Choisir les soins adaptés commence par un bon diagnostic des besoins. Posez-vous (et notez) ces questions simples :
- Est-ce que la personne a des difficultés pour la toilette, l’habillage, ou les transferts ?
- Y a-t-il des soins techniques (sonde, perfusion, plaie complexe, insulinothérapie) ?
- Les troubles cognitifs entraînent-ils des comportements (errance, agitation) ?
- La douleur est-elle évaluée et traitée régulièrement ?
- Faut-il des séances de rééducation régulières (kiné, orthophonie) ?
Exemple concret : Monsieur Martin se lève encore seul, mais il oublie parfois de prendre son traitement. Il a besoin d’un suivi médicamenteux et d’un système qui évite les erreurs (double vérification, pilulier préparé). Sa mobilité demande des aides ponctuelles, pas une prise en charge 24h intensive.
Conseil pratique : arrivez en visite avec la liste des médicaments, un résumé médical (compte-rendu d’hospitalisation si possible) et des informations sur les habitudes (sommeil, alimentation, activités préférées). Ça permet à l’équipe d’évaluer rapidement si elle peut répondre aux besoins.
Point contre-intuitif : la présence d’un diagnostic lourd (ex. : Alzheimer avancé) n’exclut pas une prise en charge de qualité. Ce qui compte, c’est la formation et l’organisation de l’équipe, pas seulement l’étiquette du diagnostic.
Que demander — la checklist à emporter lors d’une visite
Quand vous visitez plusieurs établissements, il est facile d’oublier des questions essentielles. Voici une checklist pratique à utiliser sur place : elle regroupe les points médicaux, organisationnels et relationnels à vérifier.
- Présence et planning des infirmier(ère)s (jours, nuits, weekends) ; qui couvre les urgences ?
- Gestion de la médication : qui prépare, qui distribue, double-check, suivi des effets secondaires ?
- Compétences et disponibilité des aide-soignant(e)s : toilette, aide aux transferts, hygiène.
- Accès aux soins paramédicaux (kiné, orthophoniste, ergothérapeute) : fréquence et organisation.
- Expérience et protocoles pour troubles cognitifs / Alzheimer (espaces sécurisés, traitements comportementaux).
- Prise en charge de la douleur : outils d’évaluation, traitements disponibles.
- Capacité à assurer des soins techniques (pansements complexes, oxygène, sonde, stomie).
- Organisation des transmissions et suivi médical (compte-rendus, réunions de synthèse).
- Politique en cas d’aggravation : hospitalisation, recours, continuité des soins.
- Modalités d’information et de concertation avec la famille (réunions, contacts, alertes).
- Formation continue du personnel et supervision médicale.
- Démarches administratives et projet de vie individualisé : est-il formalisé ? revu régulièrement ?
Utilisez cette liste comme support de conversation : notez les réponses, demandez des exemples concrets (ex. : « montrez-moi le planning infirmier de la semaine dernière »).
Observer — ce que vous sentirez plus que vous ne verrez
Certaines choses se perçoivent sans bulletin officiel : le ton, les gestes, l’air du lieu. Regardez et ressentez :
- L’ambiance : les résidents sont-ils respectés, appelés par leur nom, écoutés ?
- Le rythme : les soins semblent-ils faits « en série » ou adaptés à chacun ?
- Les odeurs : une odeur trop forte peut être signe d’un problème d’hygiène ou d’un manque de ventilation ; mais l’absence totale de vie olfactive peut aussi signifier une organisation trop aseptisée, sans chaleur.
- Les interactions : un soignant qui s’accroupit pour parler à un résident signale une attention différente d’un soignant debout qui dicte des consignes.
- Les signaux de sécurité : descendre aux alarmes, présence d’un matériel adapté (lève-personne), accès aux moustiquaires ou à des fauteuils adaptés.
Exemple : lors d’une visite, j’ai vu une aide-soignante préparer la toilette de Mme L. en fredonnant et en impliquant la résidente; la toilette a duré un peu plus longtemps, mais la résidente était détendue. Ce genre de détail signale souvent une vraie qualité de soin.
Point contre-intuitif : un établissement très calme n’est pas toujours synonyme de bon repos ; ça peut être l’indice d’un manque d’animation ou d’un isolement des résidents. À l’inverse, un peu d’animation et de bruit indique souvent une vie collective active.
Personnalisation des soins et rôle du projet de vie
La personnalisation des soins est le cœur de la qualité. Demandez à voir le projet de vie individualisé (ou plan de soins) : il doit expliquer ce que l’on va faire, pourquoi, par qui, et à quelle fréquence.
La création d’un plan de soins personnalisé ne s’arrête pas à sa rédaction initiale. Il est crucial d’impliquer divers intervenants dans ce processus, car leur expertise contribue à une approche holistique. Ce processus collaboratif est détaillé dans l’article Les rôles essentiels des intervenants en ehpad, qui souligne l’importance de chaque acteur dans la prise en charge du résident. Une évaluation continue est tout aussi déterminante. En fait, un plan de soins doit être régulièrement réévalué pour s’assurer qu’il répond toujours aux besoins changeants du résident.
Les préférences personnelles doivent également être intégrées dans ce plan, que ce soit en termes d’horaires, d’alimentation ou de croyances. Ça permet de créer un cadre de vie qui respecte l’identité et le confort du résident. Pour comprendre comment ces éléments se traduisent en indicateurs de qualité, l’article Les clés pour comprendre et évaluer la qualité de l’accompagnement en ehpad fournit des informations pertinentes sur les critères à surveiller, tels que la douleur, la nutrition, la mobilité et l’humeur. En veillant à tous ces aspects, on s’assure que le résident bénéficie d’un accompagnement de qualité, adapté à ses besoins. Qu’attendez-vous pour vous renseigner davantage sur l’importance de ces pratiques ?
- Qui a participé à l’élaboration du plan ? (famille, médecin traitant, équipe pluridisciplinaire)
- À quelle fréquence le plan est-il réévalué ?
- Comment sont pris en compte les préférences du résident (horaires, alimentation, croyances) ?
- Quels indicateurs sont utilisés pour mesurer l’efficacité (douleur, nutrition, mobilité, humeur) ?
Exemple : la famille de M. Lefèvre a demandé que ses siestes restent à 15 h, comme à la maison. L’équipe l’a inscrit dans son projet de vie et a organisé les soins du matin pour respecter ce rythme, réduisant ainsi les signes d’agitation.
Conseil : exigez des comptes rendus écrits ou accessibles numériquement. La transparence montre la rigueur.
Soins spécifiques : que vérifier selon la pathologie
Chaque situation demande des précautions particulières. Voici des repères rapides selon les besoins :
- Troubles cognitifs / Alzheimer : espaces sécurisés, protocoles de gestion des errances, formation à la désescalade. Exemple : une unité sécurisée avec repères visuels pour limiter l’errance nocturne.
- Plaies chroniques / pansements complexes : compétence infirmière en pansements spécialisés, échanges réguliers avec un centre de soins ou un service hospitalier. Exemple : pour une escarre, vérifiez la formation et la fréquence des changements de pansement.
- Insulinothérapie / diabète : suivi glycémique, formation du personnel aux hypoglycémies, protocole de nutrition.
- Soins palliatifs : disponibilité d’un référent douleur, respect des volontés, accompagnement psychologique et spirituel.
- Oxygothérapie / perfusion / stomie : présence de protocoles écrits et d’un matériel adapté, possibilité de formation des proches si nécessaire.
Point contre-intuitif : tout soin « technique » ne doit pas exclure la vie sociale. Même quand les gestes sont nombreux, le resserrement sur la personne (parler, sourire, respecter les habitudes) fait partie des soins.
Coordination, droits et communication avec la famille
La qualité des soins dépend beaucoup de la coordination et de la communication.
- Demandez comment se font les transmissions quotidiennes et les comptes rendus mensuels.
- Demandez qui est votre interlocuteur privilégié (cadre de santé, infirmier coordonnateur, responsable de secteur).
- Vérifiez les modalités de réunion de suivi et la fréquence des contacts familiaux.
- Informez-vous sur les droits du résident : information, consentement, confidentialité, accès au dossier.
Exemple : dans une situation où le résident perdait du poids, la famille a été contactée rapidement via une réunion pluridisciplinaire et un ajustement du plan nutritionnel a été mis en place. La transparence a évité une escalade inutile.
Conseil : tenez un petit cahier de liaison avec dates et observations ; il facilite les échanges et montre que vous êtes vigilant sans être intrusif.
Après l’entrée : suivre, ajuster, réagir
L’admission n’est pas la fin du choix, c’est le début du suivi. Prévoyez des points réguliers :
- une évaluation formelle après quelques semaines (comment s’est fait l’adaptation ?) ;
- des bilans sur la douleur, la nutrition, la mobilité et l’humeur ;
- des rendez-vous avec le médecin coordonnateur si quelque chose vous inquiète.
Exemple : la fille de Mme B. a noté une nouvelle somnolence. Elle a demandé une revue de médication : un médicament a été ajusté, et l’état s’est stabilisé. Sans suivi attentif, les signes auraient pu être attribués à la « vieillesse ».
Quand alerter ? Si vous observez une aggravation rapide (douleur non soulagée, chute répétée, perte de poids significative), demandez une réunion urgente. La persistance d’un problème après signalement nécessite d’escalader (cadre, ARS si nécessaire).
Choisir entre plusieurs options : critères de décision
Vous allez comparer des établissements. Voici des critères pratiques pour arbitrer :
- la capacité à répondre aux soins techniques nécessaires ;
- la qualité de l’équipe pluridisciplinaire et sa disponibilité ;
- la proximité géographique vs la spécialisation ;
- l’ambiance de vie, les activités, la vie sociale ;
- la clarté des engagements écrits (projet de vie, contrat de soins).
Exemple : pour une personne très attachée à ses repères, la proximité peut primer ; pour une personne ayant des besoins médicaux complexes, une structure spécialisée, même plus éloignée, peut être préférable.
Point contre-intuitif : le tarif le plus élevé ne garantit pas la meilleure prise en charge. La qualité se mesure souvent dans les gestes quotidiens, la communication et la capacité d’adaptation.
Vous êtes peut-être en train de vous dire : « J’ai peur de me tromper, j’ai peur de décevoir, et j’ai peur d’être jugé. » C’est normal. Je l’entends, je le prends au sérieux. Ces pensées traduisent l’amour et la responsabilité que vous portez — elles ne sont pas un jugement.
Ce que je veux que vous reteniez : choisir les services de soins adaptés en EHPAD, ce n’est pas cocher des cases, c’est évaluer une équipe humaine, ses compétences, sa capacité à personnaliser, et sa façon de communiquer. Demandez, observez, notez, exigez de la clarté. Faites valoir le projet de vie individualisé et gardez la famille active dans le suivi.
Vous n’êtes pas seul dans ce processus : chaque question posée est utile, chaque remarque faite peut améliorer le quotidien du proche. Osez parler, demandez des exemples concrets, testez la réactivité de l’équipe. Vous êtes en train de défendre la dignité d’une personne que vous aimez ; c’est un acte courageux, méthodique et profondément humain.
Allez, prenez une grande inspiration : vous avez maintenant des clés pratiques, des questions à poser, et une échelle de priorités pour comparer. Agissez pas à pas, en confiance. À la fin, quand vous verrez les petites améliorations, quand la douleur sera mieux gérée, quand un sourire reviendra, vous saurez que chaque étape en valait la peine — et vous vous offrirez, à juste titre, une belle ovation debout.
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